Le coeur à Montréal

Depuis l’annonce de sa nomination à titre de directeur musical du prestigieux Metropolitan Opera de New York, il défraie la chronique dans le monde entier et attire l’attention des bonzes de l’industrie musicale internationale avec les concerts qu’il donne tant à Montréal qu’aux États-Unis et aux Pays-Bas. Mais Yannick Nézet-Séguin n’a pas l’intention de quitter la métropole pour de bon.

«Mon attachement pour la ville est loin d’être sur le point de se terminer: Montréal est mon véritable chez-moi, c’est là que j’ai grandi. Et je le sens quand je reviens ici et que je retrouve mes musiciens de l’Orchestre métropolitain», poursuit le maestro en entrevue.
Le Journal a d’ailleurs pu en être témoin en assistant, au début du mois, aux répétitions de Yannick Nézet-Séguin­­ et l’Orchestre métropolitain en prévision du concert d’ouverture de leur saison actuelle.

Dans ses échanges avec les artistes devant lui, il émane du chef d’orchestre autant de rigueur que de chaleur: les rires sont nombreux, les regards sont complices.

«On se connaît, on s’anticipe, on se comprend. C’est irremplaçable, la complicité qui s’est développée en 17 saisons à travailler ensemble. Quand on se retrouve, on voit qu’on a tous grandi en parallèle, oui, mais aussi ensemble, dans le même monde», explique Yannick Nézet-Séguin.

Je me sens bien à Philadelphie, je me sens bien à Rotterdam, c’est un rêve pour moi d’habiter à New York... mais c’est vraiment à Montréal que je me sens pleinement et réellement moi-même ».

Yannick Nézet-Séguin

Avec les années, cette familiarité et cette complicité ont gagné petit à petit le public montréalais. Le chef d’orchestre l’admet, cette relation privilégiée avec les mélomanes locaux lui permet de jouir d’une plus grande liberté dans l’élaboration de ses programmes de saison.

«Évidemment, les gens aiment qu’on leur présente des œuvres qu’ils connaissent. Mais, de plus en plus, ils aiment faire de nouvelles découvertes, entendre des airs qu’ils ne connaissent pas ou peu. Et je sens qu’ils me font confiance, ce qui me permet d’amener des œuvres plus rarement faites, réputées plus arides, mais qui méritent d’être découvertes», avance-t-il.

Une émotion «énorme»

Outre l’élaboration de cette 17e saison de l’Orchestre métropolitain, les derniers mois auront été particulièrement chargés pour Yannick Nézet-Séguin. Mené aux quatre coins de la planète, il assume les fonctions de directeur musical des orchestres de Philadelphie et de Rotterdam, celles de directeur artistique et chef musical de l’Orchestre métropolitain de Montréal, en plus d’agir à titre d’invité dans différentes institutions de la planète.

Et en 2020, Yannick Nézet-Séguin deviendra directeur musical du prestigieux Metropolitan Opera de New York, dit le MET. L’annonce, faite au cours de l’été dernier, a représenté l’aboutissement d’un rêve de longue date pour le maestro.

«Je ne peux pas dire que ça a été une surprise; je sentais qu’un jour, ça pourrait se passer. Mais l’émotion a tout de même été énorme et je sens que ça arrive au bon moment dans ma vie», confie-t-il.

Trouver l’équilibre

Mais comment Yannick Nézet-Séguin arrive-t-il à trouver l’équilibre dans sa vie, partagé entre trois pays? Un pied-à-terre à chaque endroit et une famille aussi disponible que tissée serré font partie de la solution. Ses parents lui rendent visite régulièrement, tout comme son conjoint, le musicien Pierre Tourville.

«Ce ne sont pas tous les chefs d’orchestre qui achètent dans les endroits où ils ont des postes. Mais moi, ça me permet d’avoir un contrepoids à ma vie d’hôtel, de réussir à avoir une vie plus normale», explique-t-il.

«Si je n’avais pas Pierre et mes parents, qui viennent me voir régulièrement, j’aurais trouvé les dernières années beaucoup plus difficiles», conclut-il.

Des défis universels

Quel que soit le continent dans lequel Yannick Nézet-Séguin pose ses valises, il semblerait qu’il se bute aux mêmes préjugés. Le chef d’orchestre est le premier à reconnaître que certaines idées préconçues sont tenaces, notamment celle voulant que la musique classique soit réservée à l’élite, aux érudits et aux initiés.

«Je n’arriverai jamais à adhérer à ces écoles de pensée. C’est vrai qu’aller s’asseoir en silence pendant une heure et demie pour écouter une œuvre, ce n’est pas la chose la plus facile à faire. Mais cet état d’esprit (pas si différent qu’aller au spa, d’ailleurs) où l’on se ressource en silence fait du bien à l’âme. Les gens ont besoin de se retrouver hors du tourbillon de la vie, du cellulaire et de l’ordinateur», poursuit-il.

Une vie entière consacrée à son art

Yannick Nézet-Séguin n’a jamais douté qu’il ferait de sa passion pour la musique une carrière. Ainsi, il s’est lancé tête première dans ce monde, sans retenue... ni plan B. «Il faut se donner pleinement pour réussir dans ce milieu. Si on y va juste à moitié, au cas où ça ne marcherait pas, j’ai l’impression qu’on ne se donne pas toutes les chances. Il faut que le cœur ne soit qu’à une seule et même place, du moins pour quelques années», explique-t-il.

Le public a pu avoir un aperçu des débuts de Yannick Nézet-Séguin lorsqu’une vidéo du chef d’orchestre, à l’âge de 10 ans, a refait surface l’été dernier. On peut y voir ses balbutiements dans le métier, dirigeant un orchestre imaginaire avec verve et aplomb, devant la lentille de son professeur de quatrième année primaire.

Le court extrait d’à peine deux minutes a été vu à quelque 400 000 reprises depuis sa mise en ligne en juin dernier.

«Il a beaucoup circulé récemment», atteste Yannick Nézet-Séguin.

«Il est plutôt inhabituel de voir un enfant de cet âge passionné de musique symphonique, mais des enfants passionnés, il y en a dans chaque famille et dans tous les domaines. Quand j’ai exprimé que je voulais devenir chef d’orchestre, mes parents m’ont dès lors encouragé et soutenu dans mes démarches et ils m’appuient encore aujourd’hui», explique-t-il.

Yannick Nézet-Séguin a accepté de partager avec Le Journal ses archives personnelles, retraçant les rencontres marquantes et moments-clés de son ascension dans le monde de la musique.

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« Une qualité d'expression collective et individuelle jamais égalées encore dans le passé »

Claude Gingras, La Presse